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Scritti


 

Dimanche 25 octobre, j’ai eu l’honneur de pouvoir raconter “l’histoire de l’écriture clandestine* de Gao Xingjian, Prix Nobel de Littérature 2000, à l’époque de la Révolution Culturelle en Chine et de lire un de mes poèmes, intitulé Dans les plis, inspiré par cette histoire, pour le projet #badtimestory de Romina De Novellis et Domus Artist Residency, que je remercie infiniment.
Pendant ce temps de couvre-feu pandémique, à 21h30, j’étais “dehors”, projetée sur un mur de la rue de Seine à Paris, à parler dans le l’air et en même temps visible en live streaming sur Facebook.
Cette présence par la procuration d’une vidéo, dans une ville deserte et désertifiée des humains, ça me paraît avoir le goût tenace d’un acte de résistance. Il se tient à l’espoir et ne renonce à oeuvrer, dans une simplicité, pour continuer à exister. Bravo à Romina pour son engagement dans ces temps si rudes…

* Ce texte, que j’ai écrit, est tiré de ma thèse de doctorat La performativité dans l’oeuvre et la pratique artistique de Gao Xingjian. Le poème Dans les plis fait partie de mon l’installation Dans les plis (poème, papier Fabriano 1.50mx10m, encre de Chine, fusain, 2019).

 

 

©Simona Polvani 2020

Deflagrano risate

risate

deflagrano fuori

dalla finestra

Sonore sillabe gutturali rotonde rotanti

Dalla finestra fuori

irrompono seminando filamenti scie brusii

borboglii

Scardinato ormai è il regno del Silenzio Inamovibile

Talvolta nella distanza – cento metri a volo d’uccello –

accade

una parola non si infrange nell’aria

penetra allora intera di senso nel tuo orecchio – bon, enfin, putain, champagne, virus, covid

vie vie vie

Loro festeggiano – sagome s­hekerate dentro rettangoli luminosi nella notte pesta – La cacofonia della felicità riesumata

Tu ancora

segregata nell’appartamento rimani sempre

più lontana dalla (ad)domestica(ta) vita di un tempo – antropocene ridisegnato con un compasso senza centro

e incomprensibile è la gioia

strozzata dalla paura

Niente è più rassicurante nel presente

ciò che prima era sembra perduto per sempre

l’incoscienza – e il tatto l’olfatto il gusto persino la vista

Il corpo – tradito dal respiro ­–

è divenuto diffidente e         fa barriera

I piedi recalcitranti ti negano la soglia – oltre

NO EXIT

(Neppure l’estate esplosa tutta il 19 maggio)


©Simona Polvani 2020

Il nuovo numero della rivista HYSTRIO – trimestrale di teatro e spettacolo, propone nel numero 3-2020 di luglio-settembre il dossier TEATRO DELLE MIGRAZIONI, curato da Giuseppe Montemagno e Roberto Rizzente.

Al suo interno, trovate il mio articolo Francia: dalla banlieue con furore contro tutte le frontiere del mondo, in cui tratto la questione del teatro delle migrazioni dal punto di vista delle scena francesi, con una panoramica sulle drammaturgie e gli spettacoli di Thierry Thieû Niang, Aziz Chouaki, Sèdjro Giovanni Houansou, Nasser Djemaï, Karima El Kharraze, Penda Diouf, Marine Bachelot Nguyen, Ahmed Madani, Wajdi Mouawad.

Uno sguardo alle azioni portate avanti da realtà culturali quali L’Atelier des artistes en exil, il Festival Visions d’exil, il Théâtre Cinéma de Choisy-le-Roi, Les Scènes Appartagées, Jeunes textes en liberté, il Musée national de l’histoire de l’immigration testimonia della pluralità di prospettive artistiche, sociali e politiche da cui sono affrontati i fenomeni migratori e le peculiari problematiche connesse nel teatro francese.

Potete acquistare la rivista in versione cartacea nelle edicole e libreria in tutta Italia oppure anche in versione digitale (solo 5 euro) a questo link:

https://www.hystrio.it/numero/numero-3-di-luglio-settembre-2020/

A presto!

©Simona Polvani 2020

Salvatore, tu vois—vedi – 

(mentre guarda una fotografia che la macchina del tempo di Fb restituisce dal passato)
ci sono stati una volta compleanni condivisi 
dentro “i parlari nostri” sconfinati
candeline soffiate a meno di un metro 
e risate dimesse e fragorose

Il tempo del virus ci ha fatto regali perniciosi 

Il distanziamento sociale – espressione asociale – 

e l’impaurito sconfinamento – in cui i cavalli ombrosi dei piedi recalcitrano verso ogni dove scalciando 
impazziti nell’aria vuota – 


separano i corpi degli amici 


e oltre – scindono mente e corpo 

la prima resta 
desiderante 
della vita tutta che si crea insieme –
ai fratelli alle madri ai padri
agli amanti alle sorelle
agli amici
al genere umano ancora e forse per sempre sconosciuto –
della vita che si crea
corpo a corpo

tutta intera

©Simona Polvani, 26 mai 2020

 

1.

@SimonaPolvani2020 Vista da casa 8_04_2020

@2020 Simona Polvani – Vue du confinement, Paris, 08 avril 2020, horaire: 10:20:24.

 

Aujourd’hui c’est le jour 51 du confinement en France. J’ai lue cette chiffre dans des comptes des ami.es, car en réalité, je ne tiens pas le compte des jours qui passent. Je les sens couler, mais les compter, ça aurait signifié de donner encore plus de lourdeur à une expérience étrange, inédite, effrayante dont j’ignore la fin. Chaque jour, aurait été comme une goutte de la torture chinoise… Alors, je laisse défiler les jours, un après l’autre.
Je me suis concentrée sur ce que je pouvais faire même confinée. Je me suis faite aspirer par “le dedans” de mon deux pièces, où je pouvais respirer sans crainte, et en même temps j’ai recherché parfois discrètement, parfois avidement, tous les signes de vie humaine, animale, vegetale au delà de mes fenêtres.

Oeil rapace, oeil contemplatif.

Et par là, j’ai construit des nouveaux jours, cherchant tenacement ce qui était en mesure de me donner de la joie – ou au moins de limiter l’angoisse – et de lutter contre l’immobilité à laquelle le confinement paraît me condamner (nous condamner).

 

2.

 

 

©SimonaPolvani 2020 - Screenshot 3 video Danza confinata 23_03_2020

©2020 SimonaPolvani – Screenshot video Danza confinata, Paris, 23 mars 2020, horaire: 20:46:00

 

©SimonaPolvani 2020 - Screenshot 2 video Danza confinata 23_03_2020

©2020 SimonaPolvani – Screenshot video Danza confinata, Paris, 23 mars 2020, horaire: 20:46:00

©SimonaPolvani 2020 - Screenshot 1 video Danza confinata 23_03_2020

©2020 SimonaPolvani – Screenshot video Danza confinata, Paris, 23 mars 2020, horaire: 20:46:00

 

Je crois que le fait qu’au moment où le coronavirus a commencé à ravager notre monde, je venais à peine de terminer mon doctorat, a joué dans cette nécessité de chercher, même enfermée, de ne pas “perdre mon corps”. Car je sortais juste d’une longue période d’un different type de confinement et d’immobilité.
J’ai commencé d’abord à marcher dans mon appartement, à faire milles, deux milles, trois milles, jusqu’à sept milles pas, une fois.
Ensuite, j’ai retrouvé la danse que dans la dernière année et demi j’avais presque perdue. J’ai ainsi scandé ces nouveaux jours par des petits rituels de temps dansé grâce aux magnifiques enseignant.e.s, maîtresses et maîtres qui ont converti les ateliers en séance à distance: Antonella De Sarno, et sa danse sensible, Lorna Lawrie, Carey Jeffries, Atsushi Takenouchi avec leurs différentes approches du butō. J’ai commencé à pratiquer du pilates avec la grandiose Caroline Berger (biopilates).
Le dimanche après midi, depuis deux semaines, je voyage idéalement (et pourtant quel bonheur inattendu…) de chez moi à Paris en direction de New York pour participer aux séances de yoga Vinyasa et de méditation animées par Barbara Verrochi et Kristin Leigh auprès de The Shala Yoga House.

Ces séances, de danse, yoga, pilates, se sont toutes transformées dans un formidable moment de vie. Chaque visage des différent.e.s participant.e.s depuis plusieurs pays est ainsi devenu comme une fenêtre ouverte sur le monde. Ce monde, qui m’a semblé de plus en plus insaisissable et menaçant à l’extérieur, a trouvé son miroir rassurant, plein d’espoir, dans ces visages et la portion d’intime – celui de nos maisons et des pratiques somatiques et spirituelles qu’on partage. La “zoomisation” n’a pas signifié une “zombisation”.
L’écran, les live streams, les visioconférences, ne sont non plus pour moi q’un simple moyen de communication. Ils bâtissent, ils sont un véritable espace commun. Il ont fait/ créé “des communautés”.

 

3. 

Parmi les rituels – les passions – que je venais à peine de reprendre avant que le covid-19 nous enfermait, il y avait le théâtre, au sens d’aller voir des spectacles, pas juste de l’étudier. [Les derniers mois de rédaction de la thèse avaient affecté aussi la fréquentations des ces lieux magiques, à la fois réels et utopiques, hélas !]

Une fois confinée, bien qu’abonnée à plusieurs newsletters, peut-être parce que j’étais déjà “au jeune” , je ne me suis pas trop intéressée aux différentes initiatives organisées par les théâtres qui, tout à coup, se trouvaient privés de leurs saisons.
Mais hier matin, pour des recherches liées à un article que je suis en train d’écrire, je me suis rendue sur le site de La Colline – Théâtre National (auquel d’ailleurs, j’ai été abonnée dans les deux dernières saisons).
Mon attention a été attirée par Au creux de l’oreille, que ce théâtre a lancé expressément pour ce confinement, réunissant 200 artistes amis de La Colline, qui offrent au téléphone des lectures de poésie, de théâtre, de littérature, de musique, “pour quelques minutes ou plus”… Il s’agit d’une initiative gratuite et ses artistes se sont tous portés benevoles.
Je me suis inscrite, animée par une certaine curiosité de “retrouver du théâtre”, ou une de ses textures, grâce à la présence de ces êtres mystérieux et fascinants qui sont pour moi les artistes de la scène. J’avoue que je ne m’étais pas plongée sur la longue liste des noms des artistes impliqué.e.s dans ce projet. Ce qui m’intéressais étant le plaisir de pouvoir faire cette nouvelle expérience, d’un théâtre qui vient chez moi, d’un théâtre qui ne se voit pas. Et qui est pourtant vivant, par une présence d’un corps-voix, d’un être voix: c’est ce que je pouvais imaginer.

Mon appel était prévu dans le créneau de 16h à 17h.
À 16h pile mon portable a sonné. Quand j’ai décroché, une voix douce m’a dit bonjour et demandé si j’étais Simona. Elle a ajouté qu’elle appelait pour le théâtre de la Colline. Ensuite, elle s’est présentée: “Je suis JANE BIRKIN“.
Une vague d’émotion m’a saisie. J’ai même pensé, que comme il s’agissait du théâtre, peut-être que non, que la personne qui était en train de me parler, n’était pas JANE BIRKIN, mais qu’il devait avoir eu une pièce (que j’ignorais!) où un personnage était Jane Birkin, et que là, on était en train de me proposer une partie de cette pièce (le cerveau face à l’extraordinaire trouve toutes les raisons pour rendre la réalité invraisemblable, ou bien vraisemblable…).

Jane Birkin m’a proposé des poèmes de Prévert, et notamment Les feuilles mortes, et le texte de La chanson de Prévert de Serge Gainsbourg qui s’en est inspiré, avec d’autres textes de ses chansons déchirantes. Je flottais, je me perdais et retrouvais dans sa voix et les tourbillons de ces poèmes, qui parlaient de distance, de séparation, de fin, de mort et de recommencement. Il y avait la vie, toute entière. À la fin de sa lecture, nous avons parlé, de notre présent, du confinement réciproque. Quand nous nous sommes saluées, c’était comme si la pesanteur avait été retirée de mon corps et la lumière déjà intense éclatait dans mon appartement. Ce n’était pas qu’une voix qui s’était présentée au creux de mon oreille. Tout un univers artistique et humain s’était condensé dans cette voix si parlante. L’art, c’est ça aussi, c’est surtout ça.

Je remercie Jane Birkin pour sa générosité et son indicible sensibilité. Je remercie Wajdi Mouawad et toute l‘équipe de La Colline pour m’avoir permis de faire encore expérience d’un art vivant et d’un moment de vie exceptionnel pour toujours.

 

Jane Birkin & Charlotte Gainsbourg live – 
La Chanson de Prévert, 2 avril 2017

 

©Simona Polvani, 6 mai 2020

Vedi le nuvole in volo
– gli occhi appannati
Pensi – strane evocazioni vaporose –
Alle strie – chiamarsi anche connessioni –
D’amicizie vivaci
Le distanze incommensurabili
Non tengono quando un’apparizione
Invita i volti prediletti
Quel cirro che piacerebbe
A L
inda
L’occhio di vapore nel cielo
Come in quell’inchiostro a china di Gao
La curiosità all’orizzonte
C
ristina in ebollizione
Il nodo di brace infuocata laggiù
Nel fondo – catalizzatore di dubbi e cuore
Cyril inarrivabile
E la nebbia liscia e opaca
Tu, malinconica,
Da attraversare
in cerca degli aranci e dei rosa
Prima che la notte piombi a picco
Senza tregua

(5 giugno 2018)

È poesia che si disfa

La mia

Tra dita

Quale prodigio

Il balenare

Di braccia e braccia

Nell’acqua

Che s’incrina

E l’allontanarsi

Nel moto infinito

Che non fa ritorno

Sulla piega delle labbra

Gorgoglii a frotte

E l’impeto dell’addio

Quello – ciclico

Resta – rotto

Nell’intercapedine

Del tempo

tra me

e l’aria

(Per Cyril, 30 gennaio 2017)

23

Gao Xingjian, encre de chine /inchiostro di china

 

Mon article Le troisième œil dans le théâtre de Gao Xingjian : esthétique d’une dramaturgie augmentée, consacré à la dramaturgie de Gao Xingjian, Prix Nobel de la Littérature, est paru dans “Itinera. Rivista di filosofia e di teoria delle arti”, revue publiée par l’Università degli Studi di Milano.

Voici le lien pour y accéder:  https://riviste.unimi.it/index.php/itinera/article/view/8735

 



Sul N. 13 (2017): Il teatro e i sensi. Teorie, estetiche e drammaturgie di  “Itinera. Rivista di filosofia e di teoria delle arti” (Ed. Università degli Studi di Milano) è stato pubblicato il mio articolo Le troisième œil dans le théâtre de Gao Xingjian : esthétique d’une dramaturgie augmentée, dedicato al teatro dell’artista Gao Xingjian, Premio Nobel per la Letteratura. 

Qui il link per potervi accedere: https://riviste.unimi.it/index.php/itinera/article/view/8735

 

Il n’y a plus. Il y avait jusqu’à avant hier. Il a été détaché, et donc effacé-
Il était un tag, sur le mur de Rue de Gramme, je le voyais en passant, tous les jours, je relevais le regard, et j’étais surprise, je pointais mes yeux sur Gramme, les faisais glisser de coté, pour me faire re-surprendre, et suspendre, en haut, le souffle à trois mètres d’hauteur, moi, étirée, et mes neurones, ceux du sourire, ceux enfin de la peur, ceux des pieds et des jambes, prêts à sauter, à se lever en l’air. Je voulais toutes les fois le photographier, mais non, je n’y suis pas arrivée.

“A CROIRE QUE J’AI INVENTÉ L’AMOUR” *******

À croire que j’ai inventé l’amour.
Il n’y a plus. Un mur gris et bâclé, maintenant, et les yeux bien à hauteur d’homme. Plus du ciel.




 

Non c’è. Più. C’era fino a ieri. Lo hanno staccato, cancellato-

C’era un tag, sul muro di Rue de Gramme, lo vedevo passando, tutti i giorni, alzavo lo sguardo, e restavo sorpresa, puntavo gli occhi su Gramme, li facevo scivolare di lato, per farmi sorprendere di nuovo, e sospendere, in alto, col respiro a tre metri di altezza, allungata, e i neuroni, quelli del sorriso, e persino della paura, quelli che controllano piedi e gambe, pronti a saltare, a levarsi in aria. Ogni volta volevo fotografarlo. Non ci sono riuscita.

“A CROIRE QUE J’AI INVENTÉ L’AMOUR  ******

"POSSIBILE CHE IO ABBIA INVENTATO L’AMORE”

 

Non c’è più. Solo un muro grigio e slabbrato, adesso, e gli occhi ad altezza d’uomo. Non del cielo.


Rue de Gramme, 75015 Paris

par SIMONA POLVANI 

Traduit de l’italien par Simona Polvani et Maria Cristina Mastrangeli
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« Un danseur ne devrait pas danser, il devrait être dansé ». Les mots d’Endo Tadashi, danseur, élève de Ōno Kazuo, résument parfaitement la philosophie de la danse butō.

Le concept d’« être dansé » plutôt que « de danser » renvoie à l’abandon du corps, à la manifestation du mouvement né dans les profondeurs, instinctif, émotif, naturel, et pour cela nécessaire, devant lequel le processus décisionnel et la raison, qui le préside, sont relégués au deuxième plan. C’est dans l’abandon du rationnel que l’improvisation trouve l’espace nécessaire, en tant que composition instantanée et libération des codes. Si cette pratique est l’une des caractéristiques du performatif contemporain lato sensu, de la performance proprement dite au théâtre, de la danse à la musique, elle est la pierre angulaire du butō.

Il m’a été donné de vivre l’expérience de l’idéal sublime du « danseur dansé » en découvrant la danse butō du Japonais Masaki Iwana dans la performance PH 27-80 : Musiques Utopiques en clôture de l’édition 2015 du Festival En chair et en son Rencontres de la danse butō et de la musique acousmatique, au Cube-Centre de création numérique d’Issy Les Moulineaux.

La recherche sur les connexions existantes entre butō et musique acousmatique, s’est articulée autour de deux axes : théorique à travers des séminaires et colloques et artistique à travers vingt-quatre performances nées de rencontres entre compositeurs contemporains de musique acousmatique et danseurs butō, occidentaux et japonais, qui ont dansé à l’intérieur d’un « acousmonium » (ou orchestre de haut-parleurs).

Si les résultats étaient inégaux, la rencontre entre le danseur Masaki Iwana et le compositeur Denis Dufour s’est révélée particulièrement heureuse.

Pour leur performance, Denis Dufour a choisi sa pièce Musiques utopiques, troisième mouvement de l’œuvre PH 27-80 (2008, durée 32’14) créée à l’occasion du quatre-vingtième de Pierre Henry (né en 1927), pionnier de la musique concrète.

PH 27-80, créée à partir de quatre-vingt sons et de brèves séquences tirées de vingt-sept œuvres de Pierre Henry – d’où le titre – compose un univers de sons syncopés, percutants, qui se répètent dans un cycle à l’intérieur duquel opèrent variations sonores et vocales, dans un crescendo hypnotique, chamanique et rituel.

Dans cet univers sonore circulaire – rendu possible par la direction enveloppante du son diffusé par l’acousmonium – surgit Masaki Iwana. Comme souvent en danse butō, à l’exception de son sexe dissimulé, son corps est nu. Un fil très fin se devine sur ses hanches. Toutefois, au regard de la tradition, sa nudité paraît encore plus « nue », car elle n’est pas « neutralisée » par la peinture blanche avec laquelle les danseurs butō s’enduisent le corps. Son visage est en partie recouvert par de très longs cheveux noirs – il le restera pendant presque toute la performance – ainsi que par un petit masque blanc qui dissimule le nez et la bouche, tel que le portent beaucoup d’Orientaux et de Japonais en particulier, contre la pollution.

 

Dans la pénombre de la scène, dessinée par un cercle de lumière blafarde, la danse de Masaki Iwana commence au sol, dans une position fœtale. Avec des mouvements syncopés, le fœtus s’ouvre, gagne la posture verticale. Commence ainsi une lutte fiévreuse de tout son corps contre la gravité : en état d’extension constante, pieds tendus sur les demi-pointes tremblantes, bassin déplacé en avant, tête renversée et dos courbé en arrière, les bras qui se balancent en avant, puis en haut, s’allongent comme à toucher un ciel imaginaire. Le corps entier est un arc, parcouru par un mouvement saccadé qui devient sanglot, secousse, puis vague, toujours sinueux et tendu. Chaque muscle est contracté, sans répit. Une énergie magmatique irradie de chaque recoin du corps, des cheveux en bataille aux phalanges des doigts, des yeux cachés à la bouche dont on devine la respiration. La danse que nous propose Masaki Iwana est un déséquilibre perpétuel, une poussée, une propulsion, une tension vers l’immobilité par un mouvement fébrile, incessant, entre la lumière et l’ombre – le performeur se place souvent à la limite du cercle de lumière. C’est une conquête de la verticalité, une venue au monde chamanique, une origine, un cycle, une démesure, dans un corps qui se transcende, dépasse la matière pour disparaître enfin. Nous ne voyons plus le corps d’un homme, mais un mouvement incessant, une énergie sans fin, l’extase de la création et la fusion des formes plongées dans la musique, la respiration, le spasme du premier souffle.

masaki-iwana-en-chair-et-en-son-foto-fabrice-pairault-2Nous sommes désormais accoutumés à la nudité, malgré cela, chaque fois qu’elle est proposée sur la scène, je m’efforce de ne pas éluder la question : pourquoi ? Dans l’expérience du corps dansé de Masaki Iwana, la nudité a rendu raison à elle-même, comme une évidence, affirmant sa nécessité esthétique et ontologique. Dans le mouvement qui s’auto-génère, dans la tension spasmodique et dans la présence de chaque partie du corps, à elle-même –tous ceux-ci étant des principes constitutifs du butō – seul le nu permet au corps de laisser percevoir son dernier souffle, le spasme de sa vitalité irréductible en lutte contre la caducité de la matière. Nous sommes nus devant la vie comme nous sommes nus devant la mort.


Aujourd’hui, Masaki Iwana est un des danseurs de butō les plus appréciés au Japon et sur la scène internationale. Depuis 1975, année où il débute sa carrière de danseur, il s’est produit dans plus de cent-cinquante performances.


Images: Masaki Iwana, PH 27-80: Musiques Utopiques, photo de Fabrice Pairault, 2015.




La version en italien de cet article, intitulée Masaki Iwana. Il danzatore danzato dal butō est parue dans la revue italienne en ligne PAC – Magazine di Arte & Culture, le 9 novembre 2015. https://paneacquaculture.net/tag/masaki-iwana/

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